Dans la presse : « La longue marche des sans-papiers à travers l’Europe » – lesinrocks.com 14/07/12

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Laure Siegel, lesinrocks.com, 14 juillet 2012.

 

Durant un mois, en traversant sept pays européens, des marcheurs en situation irrégulière se sont rendus visibles pour dénoncer leur sort.

“On vit mal, on est traités pire que des chiens.” La mâchoire tremblante de rage, Cissé Toumani, 20 ans, résume la pensée générale. Débarqués de Libye l’année dernière ou terrés en banlieue parisienne depuis dix ans, 150 sans-papiers se sont réunis pour une marche d’un mois reliant Bruxelles à Strasbourg, et traversant sept pays – à pied et en bus, chasuble jaune fluo sur le dos – pour alerter l’Europe sur leur sort. Une seule association les a soutenus financièrement, le CCFD-Terre solidaire, à hauteur de 3 000 euros. Pour le reste, ils ont compté sur la générosité des communes traversées en chemin, la vente de T-shirts et la caisse de solidarité qu’ils faisaient tinter dans les rues.

 

“Cette marche est un défi et prouve qu’il y a des failles aux frontières. C’est un moment historique pour l’homme noir en Europe”, assène Aboubakar Soumahoro, porte-parole en Italie de la Coalition internationale des sans-papiers et migrante-s. La semaine dernière, le groupe a établi son campement dans un gymnase du quartier strasbourgeois du Wacken à quelques mètres des institutions européennes sur lesquelles reposent leur espoir.

 

“Le droit européen doit être méchamment révisé”

 

Une délégation a rencontré des eurodéputés de gauche et écologistes et des membres de la commission des droits de l’homme du Conseil de l’Europe et leur a exposé ses revendications : régularisation de tous les sans-papiers, liberté de circulation et d’installation, respect du droit d’asile, égalité de droits entre les migrants et les Européens, fermeture des centres de rétention, etc. “Nous voulons qu’ils profitent de leur statut pour porter notre message et agir sur la législation en vigueur”, continue Aboubakar Soumahoro. Dans leur ligne de mire, le règlement Dublin II qui régit actuellement les demandes d’asile et la directive-retour qui encadre l’expulsion des sans-papiers de l’Union européenne.

 

“Le droit européen doit être méchamment révisé, développe Marie-Dominique Dreyssé, adjointe EELV au maire de Strasbourg, en charge des solidarités. Actuellement, ce n’est pas possible de régulariser tout le monde comme ils le demandent mais il faut redéfinir des critères généreux, harmonisés entre pays. Il faut arrêter le bricolage, on ne peut pas expulser quelqu’un qui a travaillé et cotisé dix ans en France. Je milite pour une politique d’immigration profondément républicaine et nourrie de notre histoire”

 

Une histoire que les marcheurs ont touchée du doigt tout au long de leur périple : l’ossuaire de Douaumont, tombeau de leurs grands-pères pendant la Première Guerre mondiale, Maastricht, bien sûr, Frambois, centre de détention genevois symbolisant le durcissement de la politique migratoire en Suisse, Florange, terre de lutte ouvrière, Schengen, bourgade luxembourgeoise synonyme d’ouverture des frontières.

 

Diara, 29 ans, est ravi d’avoir vu du pays : “En dix ans, je n’étais pas sorti de Montreuil, à enchaîner les petits boulots dans le bâtiment et la restauration. Lire la suite…

Et je ne suis jamais allé revoir ma famille en Mauritanie car je ne peux pas prendre l’avion.”

 

“Nous avons été mieux protégés que Barack Obama !”

 

La petite troupe craignait le passage Suisse-Italie, réputé dangereux pour les clandestins.

 

“Nous avions prévenu toutes les autorités locales et nationales de notre passage, mais le contexte est particulièrement dur en Italie. Quand nous sommes arrivés, c’était incroyable, les policiers nous ont escortés sans aucun contrôle. C’était le monde à l’envers, nous avons été mieux protégés que Barack Obama !”, s’amuse Bamba Vaffi, un des leaders de la Coordination 75 des sans-papiers.

 

Depuis un an, cet Ivoirien qui a fui la guerre civile consacre tout son temps à la lutte : manifestations, réunions, etc. “J’étais trop visible donc j’ai été régularisé il y a quelques mois. Je suis entrepreneur d’une petite société de nettoyage maintenant. Je vais un peu penser à moi mais je ne m’en fais pas, la relève est assurée.” A Paris, Turin ou Genève, les sans-papiers préparent déjà de nouvelles actions publiques et ne comptent pas s’arrêter avant la reconnaissance de leur existence.

 

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