Quelles traditions pour la « population préfectorale » de l’État français ?

26 octobre 2016 – Communiqué de presse de la CISPM

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CISPM« Cela fait partie des traditions de la population migrante de détruire leurs habitats avant de partir » a déclaré ce 26 octobre Fabienne Buccio, Préfète du Pas-de-Calais, au micro de BFM TV, après une nuit d’incendies ravageurs sur le camp dit « La Jungle » à Calais, au terme du deuxième jour de son démantèlement.

Ces propos sont inqualifiables. Qu’un haut fonctionnaire, représentant de l’État dans les collectivités territoriales de la République, ose s’exprimer ainsi dans le cadre même de sa fonction est inadmissible !

Mme la Préfète, aucun être humain ne saurait avoir de traditions du fait de sa migration !

Mme la Préfète, il n’existe pas « une population migrante » !
Il existe des personnes de toutes origines et cultures, qui, à un moment donné de leur existence, pour leur survie, se déplacent dans la plus grande précarité, ayant tout quitté sans être encore parvenues à destination.

Mme la Préfète, migrer n’est pas une identité !
Migrer est un acte grave auquel sont contraints des hommes, des femmes, des enfants… Un acte aujourd’hui mortel à cause des politiques menées par l’Europe et, en son sein, par l’État dont vous êtes la représentante, la France.

Mme la Préfète, être en situation de migration ne saurait relever d’une identité culturelle et sociale empreinte de traditions !
Une tradition – du latin traditio, tradere, de trans « à travers » et dare « donner », « faire passer à un autre, remettre » – suppose la transmission continue dans la durée d’un contenu culturel au sein d’un groupe, de génération en génération.
Si la tradition est l’héritage par lequel le passé se survit dans le présent, comment saurait-il en être question s’agissant d’êtres humains en transit, vivant au jour le jour, obligés de rompre avec leur passé pour se donner un avenir ?

Mme la Préfète, hors tout traitement dégradant et humiliant, il n’est dans la tradition de personne de détruire son habitat avant de partir !
Aucun campement de rue, aucune occupation, à Paris ou ailleurs, n’ont brûlé lors des expulsions menées par les forces de l’ordre. Et les personnes qui restent aujourd’hui sur le camp de Calais sont justement celles qui ne souhaitaient pas partir. Comment osez-vous accuser les premières victimes mêmes de ces incendies ?

Mme la Préfète, vos propos sont d’une telle généralisation et d’un tel non sens qu’ils ne peuvent que faire le lit de tous les amalgames et fantasmes xénophobes. C’est là la marque de traditions réactionnaires, sinistres et nocives dénoncées et combattues par la CISPM qui appelle à leur extinction en France comme partout en Europe.

Mme la Préfète, vos propos sont indignes de vos fonctions.

Mme la Préfète, nous, la CISPM, vous demandons instamment de présenter toutes vos excuses les plus sincères à toutes et tous, et en particulier aux communautés migrantes.

 
Contacts
CISPM France : Sissoko Anzoumane sissokoanzoumane[at]yahoo.fr
et Diallo Koundenecoun : koundedial[at]gmail.fr
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CISPM Belgique : Franco Sébastian : sebasfranco1977[at]gmail.com
CISPM Allemagne : Ali de Hambourg : arracher_23[at]yahoo.fr

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