Patrice Lumumba : « Nous avons connu… »

La voix des sans-papiers N°12. 12 novembre 2014

« Nous avons connu le travail harassant exigé en échange de salaires qui ne nous permettaient ni de manger à notre faim, ni de nous vêtir ou nous loger décemment, ni d’élever nos enfants comme des êtres chers. Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous devions subir matin, midi et soir, parce que nous étions des nègres… Nous avons connu que nos terres furent spoliées au nom de textes prétendument légaux qui ne faisaient que reconnaître le droit du plus fort. Nous avons connu que la loi n’était jamais la même selon qu’il s’agissait d’un Blanc ou d’un Noir : accommodante pour les uns, cruelle et inhumaine pour les autres… Nous allons établir ensemble la Justice sociale et assurer que chacun reçoive la juste rémunération de son travail… Nous allons montrer au monde ce que peut faire l’homme noir quand il travaille dans la liberté… Nous allons veiller à ce que les terres de notre patrie profitent véritablement à ses enfants. Nous allons revoir toutes les lois d’autrefois et en faire de nouvelles qui seront justes et nobles. »

 
Patrice Lumumba, Discours du jour de l’indépendance du Congo, 30 juin 1960, prononcé en présence du roi des Belges. – Après ce discours, Lumumba fut l’homme à abattre au Congo. Ce fut chose faite six mois plus tard : martyr de l’émancipation des peuples noirs, criminel de lèse-majesté non seulement belge. Ce premier premier-ministre du Congo indépendant n’était pourtant pas un idéologue extrémiste, comme le prétendait la propagande occidentale. il disait la vérité de fait sur son pays, il voulait y « procéder à la décolonisation mentale », mais surtout il voulait, non seulement dans ses discours mais aussi par ses actes, lutter pour que jamais plus ne se renouvelle « l’humiliant esclavage » de « l’oppression colonialiste » sur les populations noires. la vérité et le mensonge sur l’ex-Congo belge, sur ses populations massacrées depuis par millions dans la guerre « civile » permanente instaurée par les armes et le « droit du plus fort » (la plus meurtrière au monde depuis la deuxième guerre mondiale), plus que jamais éclatent au grand jour, un demi-siècle plus tard, malgré l’universelle conspiration du silence.

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