Paris-Couronnes : L’État de non-droit et ses supporters

La voix des sans-papiers N°11. 22 août 2013

On est esclave et non pas libre, et un esclave de l’État, monarchique ou socialiste, est un esclave.

 

(F.D. Nieuwenhuis, Le Socialisme en danger, 1897)

« Couronnes-Belleville : grand coup de balai policier, fini le marché du ramadan ! » Avec ce titre le texte qui suit a paru le 21 juillet sur le site Le quotidien des sans-papiers. Il est reproduit ici tel quel puisqu’il revêt malgré lui un intérêt particulier et typique. L’appel du témoin à manifester est resté inécouté de toute la gauche ; non seulement, mais un administrateur du site a mérité l’honneur de l’invective pour avoir publié ces insupportables « niaiseries de curé ». À l’évidence, la question n’était plus l’agression par l’État policier, mais la croyance religieuse des agressés.

Notre numéro 7 (6 février 2012) portait le titre « Paris-Couronnes : L’État de non-droit ». Si les lecteurs ont pensé que les fidèles de ce « dieu terrestre » bien réel qu’est l’État selon Hobbes ne se trouvent qu’à droite, à l’extrême droite et dans les rangs du socialisme d’État officiel, ils se trompaient. On les trouve également à la gauche extrême. Ces « bouffeurs de curé » de chez nous ont la vieille passion catho de l’État laïque raciste réprimant la liberté de culte des autres. La source de leur laïcisme épurateur s’en trouve-t-elle renversée ? n’importe. Ces supporters de l’État-dieu n’ont que faire de la lutte séculaire de la libre pensée émancipatrice (à l’égard du pouvoir temporel aussi bien que spirituel) ni de sa base inséparable : tolérance religieuse et liberté du culte.

Depuis mercredi 17 juillet, au métro Couronnes, dans le haut de la rue Timbaud, sur le boulevard de Belleville jusqu’à la rue de la Fontaine-au-Roi, vous croiriez être à n’importe quelle période de l’année : plus aucun signe n’est visible du grand marché populaire du ramadan parisien, qui réunissait dans ces lieux, depuis des décennies, toute une foule de vendeurs et acheteurs de produits alimentaires faits maison, tout au long des jours de ce neuvième mois du calendrier musulman. Que s’est-il passé ?

Les faits (témoignages directs). Du mercredi 10 (début du ramadan) au 14 juillet. Présence de groupes de policiers (au milieu d’une foule nombreuse et bien tranquille), se livrant à des harcèlements des présents, notamment en faisant déplacer les étalages des vendeurs pour entrave à la circulation des passants et des véhicules.

Lundi 15. Présence policière redoublée à partir de midi. La nourriture en vente est confisquée à plusieurs reprises, les étalages aussi : les planches sont confisquée et détruites, ou jetées de côté dans l’attente des camions des éboueurs. Une dispute éclate vers 14h30 entre un vendeur qui veut récupérer sa planche et un policier : un mouvement de foule s’amorce. La riposte de la police est immédiate et choquante : poursuites et charges en tenue anti-émeute : matraques, boucliers, chiens de combat, flash-balls en grand nombre, pointant la foule à hauteur des visages… Cela va durer tout l’après-midi jusqu’à 20h passées, dans une grande confusion et au milieu d’une foule qui ne semble pas intimidée : faisant face, avec jets de cannettes et d’autres projectiles légers… Des arrestations sont opérées. Au moins un tir de flash-ball se fait entendre. Un des arrêtés est emporté le visage sanguinolant : matraquage, ou bien ce coup de flash-ball entendu ?…

Mardi 16. Police nombreuse et en tenue anti-émeute. Sans être vidé, le marché est réduit d’une bonne moitié. Des vendeurs se tiennent alentour sans oser s’installer : la répression sévit envers les étalages de ceux qui ont osé.

Depuis mercredi 17 et jusqu’à aujourd’hui dimanche 21 y compris. Police toujours nombreuse (on a pu compter jusqu’à une quarantaine de policiers présents), mais apparemment moins visible. Plus de vendeurs « irréguliers » : ne subsistent plus que quelques étalages de magasins attitrés, et encore, certains y passent aussi.

Commentaire (d’un témoin direct). La répression me semble cette fois viser plus haut que les sans-papiers ou autres « irréguliers ». Son résultat du moins, il me paraît s’inscrire dans un climat anti-musulman culturel : pendant un mois ce lieu parisien, depuis que j’y habite, avait un côté festif populaire très prononcé. Voilà ce côté disparu bel et bien avec le marché du ramadan, son animation festive et ses gens multicolores. Qu’est-ce qu’on attend pour appeler à une grande manifestation populaire ?

Conclusion. Y en a marre ! La police hors de Belleville !
 

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