Dans la presse : « Les ateliers du Ministère » – respectmag.com 03/02/10

Les ateliers du Ministère

Anne Guguen, respectmag.com, 3 février 2010. Photographies Franck Vibert.

 

6 février 2010 à 15h, le Comité des Sans Papiers organise un débat public au « Ministère » de la régularisation de Tous les Sans Papiers. L’occasion de faire le point sur leur situation, notamment celle des travailleurs en grève. Anne Guguen participe aux ateliers d’écriture qui ont lieu dans les bâtiments occupés. Reportage.

 

Au Ministère de la Régularisation de Tous les Sans Papiers – le MRTSP – Maliens, Turcs, Kurdes, Chinois, Mauritaniens, Sénégalais, Tunisiens … se pressent le soir, pour une chaise ou pour un banc. Certains sortent d’une journée de travail, d’autres n’en trouvent plus depuis que les fausses cartes sont dépistées.

 

Il fait froid.
-Maîtresse ?
J’ai vite réalisé que c’était moi que Moussa, 33 ans, appelait « Maîtresse ».
J’ai dit :
– « Maîtresse », c’est pour les enfants ou alors c’est la femme avec laquelle…
– Tu es quoi alors ?
Je butte : Prof / Maître / Enseignant / Intervenant ? Elève / Apprenant / Participant / Atelier d’écriture/ Cours d’alphabétisation / Ecole/ Partage des connaissances/ Eduquer / Enseigner- Professer…

 

Le besoin est fort chez nous de se couper de l’école infantilisante et liberticide, de l’image du prof dominant, du Maître.

 

Mais ceux qui en ont été privés n’en ont que faire. La preuve, les participants maliens viennent aux ateliers avec leur manuel Mamadou et Bineta apprennent à lire et à écrire, une resucée pédagogiquement grotesque des livres de l’école coloniale. Ils en conseillent l’achat à leurs… Je butte encore – Collègues – Camarades – Frères – Voisins – Cousins ?

 

Au moindre mot qui manque, les doutes apparaissent, j’entends le terrible « Nos Ancêtres les Gaulois » ; peut-on transmettre sans s’imposer ?

 

C’est bien ma « culture » que je leur propose. Qu’est-ce qu’une femme à cheval sur un balai ? J’ai été surprise qu’ici ça n’évoque rien. Pas de sorcière au Ministère, très bien ! J’insiste un peu quand même, pas de sorcières, non, mais contre les Djinns qui veulent voler la récolte, il suffit d’un brin (de balai justement), pour les effrayer. Et mon esprit sourit de vivre la relativité, les similitudes et la profusion des inventions du cerveau humain.

 

Déroulement des ateliers d’écriture

 

Il y a donc, quatre soirs par semaine pendant trois ou quatre heures, des « ateliers » de lecture et d’écriture.
Pour l’instant, on est de 20 à 60 participants et entre 3 et 10 intervenants.

 

Chacun arrive quand il peut, le nombre de soirs qu’il veut, entre 19 et 23 heures. Et chacun repart quand il veut.

 

Des « nouveaux » débarquent régulièrement, toutes les demandes coexistent : découvrir l’alphabet, comprendre comment s’assemblent les lettres, dire, développer son vocabulaire, lire, écrire, penser à autre chose qu’à la survie.

 

Tout est bon comme support : imprimés de la préfecture, parler de son histoire, jeux de rôles préparant aux entretiens, grammaire, histoires ou textes scientifiques, dictionnaire, atlas et les flots de paroles qu’ils amènent.

 

Tout est bon comme méthode, les étiquettes-mots , le B-A BA prolongé … aucune obligation d’assiduité, ni côté « participants », ni côté … « participants ».

 

Ce serait un comble ici de se priver de la diversité.

 

Les 1001 Heures

 

Pour ces ateliers, nous avons un projet, un marathon de l’écrit, de l’image et de la parole. Une prise de parole multiforme de plusieurs jours : performances par les occupants, interventions d’artistes, débats, témoignages, ateliers offerts à tous… Lire la suite…

 

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