Dans la presse : « Saint-Denis : la tension monte » – nouvelobs.com 26/08/02

Saint-Denis : la tension monte

Le Nouvel Obs, nouvelobs.com, 26 août 2002.

 

Alors que la coordination 93 qui s’occupe des sans-papiers de Saint-Denis est victime de son succès, un « comité Saint Louis » a menacé le curé de la basilique.

La Basilique de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), près de Paris, a été brièvement évacuée lundi en milieu de matinée suite à une fausse alerte à la bombe, a-t-on appris auprès du service touristique de l’édifice religieux, nécropole des Rois de France. Selon Bernard Berger, le curé de la Basilique, la situation est depuis redevenue normale. Ayant reçu un appel téléphonique d’un certain « comité Saint-Louis » « l’incitant à la prudence », le prêtre avait prévenu la police qui s’était chargé de faire évacuer les lieux.
Peu après midi, les sans-papiers installés dans les lieux depuis le 17 août en vue d’obtenir leur régularisation, avaient réintégré la Basilique.
Depuis le début de l’occupation, des militants royalistes et d’extrême droite viennent manifester quotidiennement devant la Basilique, pour protester contre la présence des sans-papiers.

 

Extrême-droite

Le président du Front national Jean-Marie Le Pen a estimé ce lundi que « la non-répression » du mouvement des sans-papiers met « en cause la responsabilité de l’Etat qui démontre ainsi quotidiennement son impuissance ».
« Leur présence publique et la non-répression de leur illégalité mettent en cause la responsabilité de l’Etat qui démontre ainsi quotidiennement son impuissance », a déclaré l’ancien candidat à l’élection présidentielle au cours d’un entretien à Radio Courtoisie.
Pour Jean-Marie Le Pen, l’occupation par les sans-papiers de la Basilique de Saint-Denis est « une démarche de provocation suprême » de la part de personnes qui « savent que l’Eglise catholique de France est le ventre mou de notre pays ».
La semaine dernière, selon la Coordination 93 à l’origine de l’occupation, la police s’était interposée pour empêcher des incidents entre les occupants et ces manifestants.
Plusieurs centaines de sans-papiers, majoritairement d’origine africaine, se sont pressés dimanche pour adhérer à Coordination 93, qui, dépassée, n’a pas pu faire face aux demandes.

 

Compte-goutte

Au lendemain de la manifestation parisienne, les candidats ont vainement fait la queue devant la nécropole de Saint-Denis pour figurer sur la liste que présentera mardi Coordination 93 au ministère de l’Intérieur, pour une régularisation sans condition.
L’occupation a été entamée à 130 personnes mais cette action a fait sortir de l’ombre plusieurs centaines de clandestins, qui se sont rendus à la Basilique pour demander à être inscrits sur les listes de demandes de régularisation.
Dépassée par le nombre de demandes et par un début de bousculade, Coordination 93 a annoncé l’arrêt définitif des inscriptions, proposant aux personnes présentes de créer leur propre collectif, selon le porte-parole de Coordination 93, Ali Mansouri.
Les cartes d’adhésion sont désormais distribuées au compte-goutte. Selon Ali Mansouri, qui parle de « grande vague de sans-papiers », le collectif aurait déjà recueilli plus d’un millier de demandes d’adhésion depuis le début de l’occupation de la basilique.
La coordination, fortement médiatisée depuis le début de son action, attire de nombreux sans-papiers de Seine-Saint-Denis comme Mamadou Bathily, un Malien de 37 ans qui rêve aujourd’hui d’une régularisation possible. Il parle d’un « espoir immense ».

 

Grilles

Ce dernier est lui aussi devant les grilles de la basilique dimanche matin tout comme plus de mille personnes selon la police. Beaucoup d’immigrés sont issus de foyers de travailleurs africains, alors que les premiers occupants de la basilique étaient en majorité Maghrébins et surtout Algériens.
Ils ont attendu vainement de passer de l’autre côté des grilles, dans un espace réservé à une poignée de sans-papiers inscrits parmi les premiers.
Après de longues négociations, Ali Mansouri est contraint en fin de matinée de leur annoncer: « il n’y a plus d’inscriptions ».
La foule des sans-papiers a alors commencer à pénétrer de force derrière les grilles. Le calme est revenu après que le porte-parole de la coordination leur a suggéré de créer un autre collectif.
Depuis le samedi 17 août, la basilique Saint-Denis est occupée par des sans-papiers qui réclament leur régularisation sans condition. Ils ont dormi pendant trois nuits dans la nécropole, qu’ils continuent d’occuper pendant la journée, avant de s’installer dans la salle paroissiale.
Samedi, près de 3.000 sans-papiers (2.700 selon la police) avaient manifesté à Paris, à l’occasion du sixième anniversaire de l’évacuation de 300 Africains de l’église Saint-Bernard (XVIIIème), et pour demander leur régularisation.

 

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