Dans la presse : « Rush des sans-papiers à Saint-Denis » – leparisien.fr 27/08/02

Rush des sans-papiers à Saint-Denis

Vincent Mongaillard, leparisien.fr, 27 Août 2002.

 

L’occupation de la basilique de Saint-Denis a été brièvement troublée hier par une alerte à la bombe. Les sans-papiers, dont une délégation est reçue aujourd’hui place Beauvau, se persuadent que les régularisations vont reprendre.

 

SUR LE PARVIS de la basilique de Saint-Denis, hier, Ali Mansouri, porte-parole de la coordination de Seine-Saint-Denis des sans-papiers, tente de faire la police. « S’il vous plaît, camarades, ne bloquez pas le passage », s’égosille le Tunisien dans son mégaphone. A ses côtés, un ami traduit le message dans un dialecte africain.

 

Des centaines de sans-papiers ­ Maliens, Sénégalais, Maghrébins et même quelques Asiatiques qui, depuis neuf jours, ont trouvé refuge dans l’édifice dans l’espoir d’être enfin régularisés ­ se plient aux ordres de leur leader. Dans une ambiance bon enfant, ils se massent derrière des barrières métalliques. Mais les poussettes provoquent des embouteillages. « Il faut qu’on se calme. Evitons de donner prétexte à une intervention policière », s’écrie un défenseur de la cause des « sans-rien ». Les délégués de la coordination de Seine-Saint-Denis sont victimes de leur succès : ils sont littéralement assaillis par les demandes d’inscription de sans-papiers venus de toute l’Ile-de-France et même d’ailleurs. Au total, depuis le début de l’occupation, le collectif, un brin dépassé par les événements, en a déjà enregistré plus d’un millier. Une longue liste de noms d’exilés à régulariser « immédiatement et sans conditions », qui sera déposée cet après-midi au ministère de l’Intérieur, place Beauvau à Paris. « C’est une première démarche. Nous allons tester les intentions du pouvoir », souligne Ali Mansouri. « Il faut que Sarkozy réagisse au plus vite », renchérit le père Bernard Berger, responsable de la basilique. D’autant que la tension monte : hier matin, après une alerte à la bombe, finalement sans suites, le bâtiment a dû être évacué précipitamment.

 

Le V de la victoire

 

L’afflux de sans-papiers dans la cité des rois est tel, que, débordés, les coordinateurs ont été contraints dimanche de stopper les adhésions. Mais, hier, le mouvement a repris de plus belle. Des candidats font le planton des heures durant pour « s’encarter ». A l’image de ce Malien venu de l’Eure qui, ayant découvert le mouvement à la télévision, a aussitôt pris le train pour Paris. Pour tuer le temps, un Algérien dévore les pronostics de « Paris-Turf ». « Certains croient qu’on va leur remettre une carte de résident, et qu’ils pourront désormais se balader dans la rue sans craindre les contrôles, s’inquiète un meneur. Lire la suite… Ce n’est pourtant qu’un bout de papier qui leur donne juste le droit de participer au combat. » Mais des optimistes, qui retrouvent « un peu de dignité », font déjà le V de la victoire. Et, sur place, ils peuvent compter sur l’appui des militants et des élus locaux de la Ligue communiste révolutionnaire, de LO et du PCF. « Je suis là depuis 6 heures du matin. Je ne veux plus rester à l’ombre », confie une Sénégalaise en boubou. Dans les yeux de Mustapha, arrivé d’Algérie il y a trois ans, après avoir laissé ses cinq enfants et son épouse au pays, transparaît une lueur d’espoir : « L’Etat va peut-être enfin penser à nous. Je ne peux plus me contenter de promesses. » Ce Kabyle a traversé la Méditerranée pour « trouver du boulot » : « Du jour au lendemain en Algérie, confie-t-il, j’ai été licencié par la Société nationale de sidérurgie après vingt-six ans de boîte. Aujourd’hui, je travaille au noir dans le bâtiment. C’est pas une vie ! »

 

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