Dans la presse : « Le SOS des clandestins de Saint-Ambroise » – liberation.fr 21/03/96

Le SOS des clandestins de Saint-Ambroise

Dominique Simonnot, liberation.fr, 21 mars 1996.

 

300 Africains sans papiers occupent la paroisse parisienne depuis trois jours.

Ça devait finir par arriver un jour ou l’autre! La réflexion court d’un bout à l’autre du parvis de l’église Saint-Ambroise à Paris dans le XIe arrondissement. A l’intérieur, campent depuis lundi matin trois cents Africains, des hommes, des femmes et des enfants. Tous sont sans papiers. «On reste là jusqu’à nouvel ordre, dit l’un, on attend que le président Chirac nous donne des papiers.» Sous la pâle lueur diffuse des vitraux, les femmes en boubou ont étendu des couvertures sur la mosaïque froide. Au pied des statues de la Vierge, elles ont posé le lait, les biberons et la nourriture de leurs enfants. Les hommes se tiennent au milieu de la nef, sur les chaises, ou par terre. Parmi eux, on trouve à peu près toutes les situations administratives. Inextricables. Résultat des lois successives sur la maîtrise de l’immigration. Il y a ceux qui sont là depuis quelques années seulement. Ceux qui se sont mariés ici. Ceux dont les enfants sont français car nés en France avant le nouveau code de la nationalité. Et ceux qui sont nés après et qui sont étrangers. D’autres ont été déboutés du droit d’asile. Certains sont en France depuis plus de dix ou quinze ans. La plupart se débrouillent. Travaillent à droite à gauche. «Nous n’en pouvons plus de vivre sans papiers, nous n’avons plus d’espoir, nous n’avons plus de choix», explique un délégué des familles. Il raconte s’être réunis à quelques-uns le week-end dernier et avoir réfléchi. «On voulait une église pour être protégés, et celle-ci est centrale, près du métro.» L’abbé Jean-Pierre Caveau, le prêtre de la paroisse, n’a pas du tout apprécié leur idée. «Nous sommes totalement dépassés. Nous avons retiré le saint sacrement, nous ne pouvons plus célébrer les offices.» L’évêché avait bien proposé aux occupants une salle uniquement réservée aux hommes. L’offre a été refusée.

 

Un peu partout sur les murs de l’église est accroché le message délivré par le pape lors de la Journée mondiale des migrants, le 25 juillet 1995. On y lit que «le devoir des chrétiens est de se mobiliser pour les irréguliers» et que les accueillir «est un devoir d’hospitalité». Et si le père Yves de Mallmann, responsable des migrants pour l’archevêché de Paris, assure qu’il «n’est pas question qu’ils restent ici», c’est pour souligner aussitôt que «cette action est désespérée, émanant de gens qui n’ont plus rien à perdre». N’empêche, chacun se demande comment l’affaire va tourner. D’autant que devant la porte de l’église, se forment de longues files de nouveaux arrivants qui voudraient eux aussi participer au mouvement. Mais Saint-Ambroise affiche complet: «Il faut aller ailleurs», parlementent les délégués.

 

Les responsables de la dizaine d’associations (1) qui soutiennent les Africains ont demandé un rendez-vous à Alain Juppé pour qu’il règle lui-même le problème. Lire la suite…

Au ministère de l’Intérieur en tout cas, on s’avoue «très embêté par cette histoire. Cette occupation ne mène à rien, les dossiers de ces gens sont vides, ils n’ont pas le droit de rester en France». Soit, mais que faire? Une intervention policière dans une église pleine de femmes et d’enfants en bas âge est pour le moins difficile. Quant à se résoudre à régulariser, ce serait reconnaître les incohérences de la politique de l’immigration. Habitués à raser les murs, les clandestins de l’église Saint-Ambroise sont subitement devenus visibles, choisissant de se montrer à tous «comme des êtres humains qui vivent et qui respirent comme vous et qui demandent un minimum de solidarité». Une cinquantaine d’adultes ont entamé une grève de la faim surveillée par Médecins du Monde. Au ministère de l’Intérieur, on tempête contre «l’hypocrisie cléricale qui soutient les clandestins d’un côté, mais nous demande leur expulsion des lieux de l’autre». Mais, hier après-midi, comme pour démentir ces affirmations, le cardinal Lustiger a déboulé à Saint-Ambroise et a promis de faire part à Alain Juppé de la «détresse» de ses occupants. (1) Droits devant!, Gisti, Mrap, LDH, Plein Droit, Intercapa, SOS Racisme.

 

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